Quand on achète une maison en zone rurale ou périurbaine, la question de l’assainissement n’est pas toujours la première à laquelle on pense. Et pourtant, si votre habitation n’est pas raccordée au réseau collectif d’assainissement (le tout-à-l’égout), vous êtes tenu de mettre en place un système d’assainissement non collectif pour traiter vos eaux usées. C’est une obligation légale, mais c’est aussi une question de bon sens environnemental.
Parmi les solutions disponibles, la microstation d’épuration s’impose de plus en plus comme l’alternative moderne et compacte à la traditionnelle fosse septique. Mais comment fonctionne-t-elle exactement ? Quels sont ses avantages et ses limites ? Et surtout, comment bien l’entretenir pour qu’elle reste performante au fil des années ?
Qu’est-ce qu’une microstation d’épuration ?
Une microstation d’épuration est un dispositif de traitement des eaux usées domestiques conçu pour les habitations individuelles ou les petits collectifs. Contrairement à la fosse toutes eaux classique qui se contente de séparer les matières solides des liquides (traitement primaire), la microstation assure un traitement biologique complet des effluents.
Le principe est simple et plutôt élégant : des micro-organismes naturellement présents dans les eaux usées sont mis en conditions idéales pour décomposer la matière organique. Ces bactéries font le travail de dépollution, exactement comme dans les grandes stations d’épuration urbaines, mais à l’échelle d’un foyer. L’eau qui en ressort est suffisamment traitée pour être rejetée dans le milieu naturel (fossé, cours d’eau, sol) sans risque de pollution.
Comment ça fonctionne concrètement ?
Le traitement se déroule en trois phases successives, chacune ayant lieu dans un compartiment dédié de la cuve.
La première phase, dite de décantation primaire, permet de séparer les matières solides les plus lourdes qui se déposent au fond, formant ce qu’on appelle les boues. Les graisses et les matières flottantes sont retenues en surface. Cette étape prépare l’eau pour le traitement biologique en éliminant les éléments les plus grossiers.
La deuxième phase est le cœur du système : le traitement biologique. L’eau pré-décantée arrive dans un compartiment aéré où des bactéries aérobies (qui ont besoin d’oxygène pour vivre) dégradent la matière organique dissoute. Un système de diffusion d’air alimente ces bactéries en oxygène, ce qui accélère considérablement le processus de décomposition. C’est cette étape qui différencie fondamentalement la microstation d’une simple fosse septique.
La troisième phase, la clarification, permet aux dernières particules en suspension de se déposer. L’eau clarifiée, débarrassée de l’essentiel de sa charge polluante, est alors évacuée vers son exutoire (infiltration dans le sol, rejet en milieu hydraulique superficiel, ou irrigation souterraine selon la configuration de votre terrain et la réglementation locale).
Pourquoi choisir une microstation plutôt qu’une fosse classique ?
La microstation présente plusieurs avantages concrets qui expliquent sa popularité croissante auprès des propriétaires.
Son encombrement réduit est souvent l’argument décisif. Là où un système traditionnel (fosse + épandage) nécessite parfois 100 à 150 m² de terrain, une microstation occupe une surface au sol de quelques mètres carrés seulement. Pour les parcelles de taille modeste ou les terrains en pente, c’est parfois la seule solution techniquement viable.
La qualité du traitement est un autre atout majeur. Une microstation correctement dimensionnée et entretenue atteint des taux d’épuration supérieurs à 90 % sur les principaux paramètres de pollution (matières en suspension, demande biologique en oxygène). C’est nettement plus performant qu’une fosse septique suivie d’un épandage classique.
L’installation est généralement plus rapide et moins invasive. La pose se fait en un à deux jours dans la plupart des cas, contre plusieurs jours pour un système d’épandage qui nécessite de creuser des tranchées sur une grande surface. Moins de terrassement signifie aussi moins d’impact sur votre jardin.
Enfin, la microstation ne produit pas d’odeurs en fonctionnement normal, contrairement à certaines fosses septiques vieillissantes qui peuvent dégager des émanations désagréables, notamment lors des vidanges ou en cas de mauvais entretien.
Les points de vigilance à connaître
La microstation n’est pas une solution miracle, et il est important d’en connaître les limites avant de se lancer.
Elle nécessite de l’électricité pour fonctionner (alimentation du système d’aération), ce qui génère un coût de fonctionnement annuel modeste (entre 30 et 60 euros par an en moyenne), mais qui implique aussi qu’une coupure de courant prolongée peut affecter le traitement biologique.
La microstation est conçue pour un usage régulier. Si la maison est inoccupée pendant plusieurs semaines, les bactéries qui assurent le traitement biologique peuvent dépérir par manque de « nourriture ». C’est un point à prendre en compte pour les résidences secondaires, même si certains modèles récents sont mieux adaptés aux usages intermittents.
Les produits ménagers agressifs (eau de Javel en grande quantité, déboucheurs chimiques, antibactériens puissants) peuvent perturber l’équilibre biologique de la microstation. Il est recommandé d’utiliser des produits d’entretien doux et biodégradables au quotidien. Dans le même esprit, il ne faut jamais jeter de lingettes, de médicaments, de peinture ou d’huiles usagées dans les canalisations.
L’entretien, une étape à ne pas négliger
C’est sans doute le point le plus important : une microstation ne fonctionne correctement que si elle est régulièrement entretenue. Beaucoup de propriétaires installent leur système et n’y pensent plus pendant des années. C’est une erreur qui peut coûter cher, tant en termes de performance que de conformité réglementaire.
L’entretien d’une microstation comprend plusieurs volets. Un contrôle technique annuel (parfois semestriel selon les modèles) permet de vérifier le bon fonctionnement des équipements électromécaniques (compresseur, diffuseurs d’air), de mesurer la qualité de l’eau en sortie et de s’assurer que le niveau de boues reste acceptable.
La vidange des boues accumulées dans le compartiment de décantation doit être réalisée lorsque leur volume atteint environ 30 % du volume utile de la cuve, soit en moyenne tous les un à quatre ans selon l’utilisation et le dimensionnement.
Pour garantir un fonctionnement optimal et une durée de vie maximale de l’installation, il est recommandé de confier l’entretien de microstation à des professionnels spécialisés en assainissement. Ces techniciens disposent de l’expertise et du matériel nécessaires pour réaliser les contrôles, les réglages et les interventions de maintenance dans les règles de l’art. Un contrat d’entretien annuel permet de s’assurer que le système reste conforme et performant, tout en anticipant les éventuels dysfonctionnements.
Combien ça coûte ?
Le budget à prévoir pour une microstation se décompose en trois postes principaux.
L’achat et l’installation représentent un investissement initial compris entre 5 000 et 12 000 euros selon la capacité (exprimée en « équivalent-habitant »), le modèle et les conditions de pose (nature du terrain, accessibilité, raccordements). Pour une maison individuelle standard de 4 à 5 pièces, il faut généralement compter entre 6 000 et 9 000 euros, pose comprise.
Le coût de fonctionnement annuel est relativement faible : entre 30 et 60 euros d’électricité pour le compresseur, auxquels s’ajoutent les frais d’entretien (entre 100 et 250 euros par an selon le type de contrat) et la vidange périodique (entre 150 et 300 euros par intervention).
À titre de comparaison, un système traditionnel fosse + épandage coûte entre 4 000 et 8 000 euros à l’installation, mais nécessite un terrain plus grand et peut engendrer des coûts de remise en état plus élevés en cas de dysfonctionnement du réseau d’épandage.
Quelles démarches administratives ?
Avant d’installer une microstation, plusieurs étapes administratives sont nécessaires. Vous devez d’abord contacter le SPANC (Service Public d’Assainissement Non Collectif) de votre commune, qui réalisera une étude de faisabilité et validera le choix du dispositif en fonction des caractéristiques de votre terrain (nature du sol, pente, proximité de nappes phréatiques, surface disponible).
Le dispositif choisi doit être agréé par les ministères en charge de la santé et de l’environnement. La liste des agréments est consultable sur le site officiel du ministère de la Transition écologique. Vérifiez toujours que le modèle qui vous est proposé figure bien sur cette liste.
Une fois l’installation réalisée, le SPANC effectue un contrôle de conformité. Par la suite, des contrôles périodiques (tous les quatre à dix ans selon les communes) permettent de vérifier que votre installation reste en bon état de fonctionnement. En cas de vente de votre bien, un diagnostic d’assainissement de moins de trois ans est obligatoire et sera remis à l’acquéreur.
Un investissement pour la durée
Une microstation d’épuration bien choisie, correctement installée et régulièrement entretenue a une durée de vie de 15 à 25 ans. C’est un investissement raisonnable qui offre un excellent compromis entre performance de traitement, encombrement réduit et respect de l’environnement.
Si vous êtes propriétaire en zone non raccordée ou si vous envisagez l’achat d’une maison équipée d’un système d’assainissement individuel, prendre le temps de bien comprendre le fonctionnement et les exigences d’une microstation vous évitera bien des surprises. Et surtout, n’oubliez pas : un système d’assainissement, ça s’entretient. C’est la clé pour qu’il fonctionne efficacement pendant de longues années, en toute sérénité.
