Dans beaucoup de salons, le seul grand pan de mur libre se trouve au-dessus de la cheminée. Ou au-dessus du radiateur, entre deux fenêtres. Et c’est précisément là que les guides d’accrochage vous disent de ne rien mettre, Catawiki en tête, qui range le dessus de cheminée et le radiateur parmi les emplacements à éviter.
Le conseil se défend pour un original de valeur. Pour tout le reste, il s’arrête trop tôt, parce que la chaleur abîme une toile par des mécanismes précis qu’on peut contourner presque à chaque fois. Encore faut-il savoir lesquels.
Que fait vraiment la chaleur à un tableau ?
Le premier ennemi d’une toile au-dessus d’un radiateur, c’est l’air sec. De l’air à 20 °C et 50 % d’humidité relative qui se réchauffe de 10 °C en montant le long du mur voit son humidité relative tomber autour de 28 %. La quantité d’eau reste la même (c’est la capacité de l’air à en contenir qui augmente).
Le vrai problème vient des allers-retours. Les restaurateurs le répètent, ce sont les variations brutales qui fatiguent une œuvre, davantage qu’un air un peu sec mais stable. La toile, l’apprêt et la couche picturale ne gonflent ni ne se rétractent au même rythme. Allumé le soir, coupé la nuit, le chauffage leur impose ce va-et-vient chaque jour de l’hiver. Les craquelures finissent par suivre.
Les peintures acryliques ont un point faible de plus. Leur film reste souple à température ambiante. Le Smithsonian Museum Conservation Institute explique qu’il retient la poussière jusqu’à l’incorporer dans la couche de peinture. Il conseille même d’exposer ces œuvres un peu en dessous de la température habituelle d’une pièce. La Tate ajoute qu’elles deviennent molles et collantes à la chaleur. Une acrylique au-dessus d’un radiateur cumule donc une surface ramollie et un courant d’air chargé de poussière.
Car l’air chaud transporte aussi des particules. On attribue souvent les traces grises au-dessus des radiateurs à de la poussière brûlée. Elles viennent surtout de particules très fines, issues pour la plupart de la combustion (bougies, cuisine, feu de bois), qui se déposent sur les surfaces plus froides qu’elles croisent. Le laboratoire MicroLab a documenté ce dépôt derrière un cadre resté vingt-cinq ans au mur. Plus le cadre se rapprochait du mur, plus la trace était foncée.
Quel tableau et quel cadre choisir pour ces emplacements ?
Un original de valeur, une huile ancienne ou une aquarelle n’ont rien à faire au-dessus d’un feu de bois. Pour une œuvre sur papier, la vitre reste la meilleure protection. Elle crée un microclimat qui amortit les variations d’humidité (un point que rappellent les conservateurs du forum MITRA de l’université du Delaware). Elle arrête aussi la suie, qui s’essuie alors sur le verre au lieu de se fixer sur l’œuvre.
Le candidat idéal pour ces emplacements reste l’impression sur toile. Vernie, elle devient résistante à l’eau et aux UV (c’est ce qu’annonce Hahnemühle pour son vernis dédié) et se nettoie d’un chiffon à peine humide sans risque pour l’image. Vous gardez le motif que vous aimez sur un support qui encaisse ce qu’un original ne supporterait pas.
Reste le cadre. Pour ce type d’emplacement, le plus logique est d’opter pour un cadre caisse américaine, comme ceux que Chassis-en-bois.fr fabrique sur mesure en bois d’ayous massif, à partir de 18,40 € TTC. Sans vitre, il pèse nettement moins lourd qu’un cadre classique, ce qui compte dès qu’il faut fixer au-dessus d’une hotte. La toile flotte au centre avec environ 2 cm de jour tout autour, sans moulure qui vienne recouvrir la peinture. Pour une toile épaisse, la gamme XXL accepte des châssis jusqu’à 4 cm.
Son vrai atout pour un dessus de cheminée tient à ses tournettes, ces quatre petites attaches pivotantes qui maintiennent le châssis par l’arrière. Elles permettent de changer de toile en quelques minutes. Rien ne vous empêche alors d’accrocher l’original d’avril à octobre puis de le remplacer par une impression au même format quand reviennent les flambées.
Au-dessus d’un radiateur, à quelle hauteur accrocher ?
Les fabricants donnent un repère simple. Thermor demande au moins 50 cm entre un radiateur et une étagère fixée au-dessus. EDF insiste sur le cas des convecteurs électriques, qui soufflent leur air chaud par leur grille supérieure. Un tableau avance de quelques centimètres du mur et coupe le panache d’air chaud à la manière d’une étagère. Gardez donc ces 50 cm comme minimum entre le haut de l’appareil et le bas du cadre.
On voit souvent une tablette posée directement sur le radiateur pour renvoyer ce panache vers la pièce. Elle protège le mur et le tableau. Elle coûte aussi de l’énergie, puisqu’EDF rappelle qu’une tablette sur un radiateur au gaz en réduit le rendement et augmente la consommation. À vous de voir si le tableau mérite ce surcoût.
Pensez aussi aux deux petits patins en feutre ou en liège sous les coins bas du cadre. Ils maintiennent un écart régulier avec le mur, là où le dépôt de particules se concentre quand le cadre s’en rapproche. Et dépoussiérez le radiateur avant de le rallumer à l’automne, ce sont autant de particules qui ne finiront pas sur la toile.
Foyer ouvert, insert ou poêle, que change le type de cheminée ?
Le foyer ouvert reste de loin le cas le plus défavorable. Son rendement tourne autour de 15 % selon la préfecture des Hauts-de-France, ce qui signifie que l’essentiel de la chaleur part dans le conduit. Il rejette aussi 6 à 8 fois plus de particules PM10 qu’un foyer fermé par un insert, d’après une réponse ministérielle publiée par l’Assemblée nationale. Une partie de ces fumées peut revenir dans la pièce au moindre refoulement ou quand on ouvre une porte. Elle se dépose alors sur tout ce qui se trouve au-dessus du manteau.
Nous n’y mettrions qu’une impression vernie ou une œuvre sous verre. Un manteau bien saillant détourne une partie de l’air chaud, ce qui permet de rester dans la fourchette de 10 à 20 cm au-dessus de la tablette que donnent la plupart des guides de décoration. Sans manteau, montez plus haut.
Avec un insert, l’air de la pièce reste nettement plus propre. On lit souvent qu’il chauffe vers l’avant plutôt que vers le haut. C’est vrai pour le rayonnement qui traverse la vitre, beaucoup moins pour l’air de convection. Une hotte d’insert comporte des grilles de décompression, qui servent justement à l’arrivée et à la sortie de l’air chaud de convection d’après la documentation du fabricant Lorflex. Si l’une d’elles se trouve dans le haut de la hotte, elle souffle directement sur le bas du tableau. Placez la main devant la grille pendant une flambée, vous sentirez vite jusqu’où porte le flux. Le cadre doit commencer au-delà.
Le poêle à bois pose une autre question, celle du conduit de raccordement apparent. Le guide des règles de pose de Poujoulat, qui reprend le NF DTU 24.1, demande de l’éloigner des matériaux combustibles d’au moins trois fois son diamètre, avec un minimum de 375 mm, sauf habillage spécifique. Un cadre en bois et une toile tendue en font partie. Pour un conduit de 150 mm, cela représente 45 cm entre le conduit et le bord du cadre. La notice du poêle fixe en plus ses propres distances aux matériaux combustibles, à lire avant de sortir la perceuse.
Peut-on percer le mur au-dessus d’une cheminée ?
Avec prudence. Le fabricant de crochets Gaekko déconseille carrément de percer au-dessus d’une cheminée. Il n’a pas tout à fait tort, car une hotte ou un coffrage cache le conduit de fumée.
Depuis la révision du NF DTU 24.1, l’ancien écart au feu de 16 cm a laissé place à une distance de sécurité entre la face extérieure du conduit et tout matériau combustible. Elle figure sur la plaque signalétique du conduit, dans un code du type T450 N1 D 2 G50 qui se termine par la distance en millimètres (G50 pour 50 mm). Une cheville qui vient buter contre le conduit risque en outre de l’endommager.
Le plus sûr consiste à demander au ramoneur ou à l’installateur où passe exactement le conduit. Sinon, une cimaise vissée au plafond permet de suspendre le cadre par des câbles sans toucher à la hotte. Vous pouvez aussi poser le tableau sur le manteau, appuyé contre le mur. C’est une mise en scène très courante et la question du perçage disparaît.
Le test à faire un soir de flambée
Avant de fixer quoi que ce soit, prenez une mesure. Un thermomètre infrarouge pointé sur le mur à l’emplacement prévu, après deux bonnes heures de feu ou de chauffage, vous en dira plus que tous les conseils. Comparez avec un mur de la même pièce resté loin de la chaleur. Si le mur est plus chaud d’une dizaine de degrés, l’air qui le longe l’est à peu près autant. Son humidité relative a alors fondu de près de moitié.
Un petit thermo-hygromètre posé sur le manteau pendant une semaine complète le diagnostic, puisqu’il montre l’amplitude des variations entre le soir et le matin. Si elle reste modeste, l’original peut rester. Si elle fait le grand écart, réservez cet emplacement à une impression et gardez l’original pour un mur plus calme.
